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14 décembre 2025 7 14 /12 /décembre /2025 14:56

"J'ai pardonné des erreurs presque impardonnables, j'ai essayé de remplacer des personnes irremplaçables et oublié des personnes inoubliables.
J'ai agi par impulsion, j'ai été déçu par des gens que j'en croyais incapables, mais j'ai déçu des gens aussi.
J'ai tenu quelqu'un dans mes bras pour le protéger.
Je me suis fait des amis éternels.
J'ai ri quand il ne le fallait pas.
J'ai aimé et je l'ai été en retour, mais j'ai aussi été repoussé.
J'ai été aimé et je n'ai pas su aimer.
J'ai crié et sauté de tant de joies, j'ai vécu d'amour et fait des promesses éternelles, mais je me suis brisé le coeur, tant de fois!
J'ai pleuré en écoutant de la musique ou en regardant des photos.
J'ai téléphoné juste pour entendre une voix, je suis déjà tombé amoureux d'un sourire.
J'ai déjà cru mourir par tant de nostalgie.
J'ai eu peur de perdre quelqu'un de très spécial (que j'ai fini par perdre).........
Mais j'ai survécu!
Et je vis encore!
Et la vie, je ne m'en lasse pas ….........
Et toi non plus tu ne devrais pas t'en lasser. Vis!!!
Ce qui est vraiment bon, c'est de se battre avec persuasion, embrasser la vie et vivre avec passion, perdre avec classe et vaincre en osant.....parce que le monde appartient à celui qui ose!
La vie est beaucoup trop belle pour être insignifiante!"

Charlie CHAPLIN

La Vie Charlie Chaplin
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14 septembre 2025 7 14 /09 /septembre /2025 19:23
Il y avait bal ce soir. La salle à manger était décorée de banderoles de couleurs vives. Une grande table ornée de fleurs réunissait les malades groupés aussi bien que possible par couples selon les affinités extérieures. Nous avons dansé très tard dans la nuit. Je me suis amusée. J'ai eu la sensation qu'un grain de ma folie, de ma fantaisie d'autrefois, revenait. Je me suis regardée agir ; je prévoyais les conséquences possibles de cette vie anormale... Mais je jouais. Qui sait, il y avait peut-être une trêve avec la maladie ! Elle doit bien de temps en temps se reposer, avoir des dimanches et des jours de fête... Ces jours-là, il doit être possible de vivre comme autrefois. Demain, nous reprendrons la vie sévère du malade : Il faudra lutter. Mais il est bon ce soir de rire très fort, tandis que s'évanouit avec étonnement la petite crainte de sentir le poumon éclater ; il est bon de boire du champagne qui enflamme les joues ; c'est un peu de congestion mais n'y pensons pas; il ne peut pas y avoir d'hémoptysie ce soir. Et comme il est bon de danser ! On peut rester debout, se lever, s'asseoir avec vivacité. Le corps retrouve, avec un bonheur presque religieux, la cambrure souple pour s'appuyer contre le danseur, l'abandon intelligent qui épouse les mouvements de l'autre corps et suis ceux-ci, fidèle comme une ombre et léger comme elle. Quand le corps se meut sur un rythme, une autre vie s'élève ; le monde se transforme pour prendre comme centre cet endroit précis, au milieu de la poitrine, où semblent converger les rythmes sonores des instruments et les oscillations souples des chevilles.
Danser, c'est le rythme de vie le plus heureux ; danser quand on croyait ne plus le faire, c'est une victoire gagnée. Légèrement grisée par ce rythme, près de mon danseur d'un soir, qui demain aura oublié cette veille, je suis montée lentement jusqu'à ma porte et nous nous sommes quittés après un baiser sans rien nous dire.
 
Laissez-Moi
Marcelle Sauvageot
1900 - 1934
Le 6 janvier 1934, Marcelle Sauvageot meurt rongée par la tuberculose.
Comme il est bon de danser !
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13 juillet 2025 7 13 /07 /juillet /2025 14:53

Le chat est infiniment prudent, perpétuellement inquiet, réfléchi, calculateur, sédentaire. Au lieu de brusquer sa jouissance, il la prépare, l'entretient, la caresse, la file lentement, avec une véritable science d'amoureux ou d'artiste. Il n'a pas de souffle pour courir et se battre, rien que des nerfs pour sentir fortement et de l'imagination pour illimiter son champ d'action. Il opère, comme si c'était tout l'univers, dans un espace restreint, tout près de sa maison. Il est patient, comme ceux qui ont beaucoup médité, il est paresseux aussi, c'est-à-dire qu'il peut vivre en lui-même, sur lui-même, des jours et des jours et, pelotonné sur un coussin ou sur une table, immobile comme un bibelot de bronze, rêver des rêves merveilleux que nous ne connaissons pas.

Octave MIRBEAU

1848 - 1917

Dingo 1913

Un prudent sédentaire
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19 mars 2025 3 19 /03 /mars /2025 21:06
J'avais chaussé mes pantoufles et endossé ma robe de chambre. J'essuyai une larme dont la bise qui soufflait sur le quai avait obscurci ma vue. Un feu clair flambait dans la cheminée de mon cabinet de travail. Des cristaux de glace, en forme de feuilels de fougère, fleurissaient des vitres des fenêtres et me cachaient la Seine, ses ponts et le Louvre des Valois.
J'approchai du foyer mon fauteuil et ma table volante, et je pris au feu la place qu'Hamilcar daignait me laisser. Hamilcar, à la tête des chenets, sur un coussin de plume, était couché en rond, le nez entre ses pattes. Un souffle égal soulevait sa fourrure épaisse et légère. A mon approche, il coula doucement ses prunelles d'agate entre ses paupières mi-closes qu'il referma presque aussitôt, en songeant : "Ce n'est rien, c'est mon ami".
Hamilcar ! Lui dis-je en allongeant les jambes, Hamilcar, prince somnolent de la cité des livres, gardien nocturne ! Pareil au chat divin qui combattit les impies dans Héliopolis, pendant la nuit du grand combat,tu défends contre de vils rongeurs les manuscrits et les imprimés que le vieux savant acquit au prix d'un modique pécule et d'un zèle infatigable. Dans cette bibliothèque silencieuse, que protègent tes vertus militaires, Hamilcar, dors avec la mollesse d'une sultane ! Car tu réunis en ta personne l'aspect formidable d'un guerrier tartare à la grâce appesantie d'une femme d'Orient. Héroïque et voluptueux, Hamilcar, dors en attendant l'heure où les souris danseront, au clair de la lune, devant les Acta sanctorum des doctes bollandistes.
Le commencement de ce discours plus à Hamilcar, qui l'accompagna d'un bruit de gorge pareil au chant d'une bouilloire. Mais, ma voix s'étant élevée, Hamilcar m'avertit, en abaissant les oreilles et emplissant la peau zébrée de son front, qu'il étaiit malséant de déclamer ainsi. Et il songeait : "Cet homme aux bouquins parle pour ne rien dire, tandis que notre gouvernante ne prononce jamais que des paroles pleines de bon sens, pleines de choses, contenant soit l'annonce d'un repas, soit la promesse d'une fessée. On sait ce qu'elle dit. Mais ce vieillard assemble des sons qui ne signifient rien".
Ainsi pensait Hamilcar
 
Anatole France
1844 - 1924
Le crime de Sylvestre Bonnard (1881)
Un chat en hiver Anatole France
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23 décembre 2024 1 23 /12 /décembre /2024 15:58
Le chat...

Elysée à son arrivée à la maison,en juin 2009, elle avait 7 semaines.

Le chat, il circule comme il lui plait ; visite son domaine à son gré, peut se coucher dans tous les lits, tout voir et tout entendre, connaître tous les secrets, toutes les habitudes ou toutes les hontes de la maison. Il est chez lui partout, pouvant entrer partout, l'animal qui passe sans bruit, le silencieux rôdeur, le promeneur nocturne des murs creux.

GUY DE MAUPASSANT

La petite Roque

Le chat...
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7 décembre 2024 6 07 /12 /décembre /2024 14:04

Crois-tu que l'eau du fleuve et les arbres des bois,

S'ils n'avaient rien à dire, élèveraient la voix ?

Prends-tu le vent des mers pour un joueur de flûte ?

Crois-tu que l'océan, qui se gonfle et qui lutte,

Serait content d'ouvrir sa gueule jour et nuit

Pour souffler dans le vide une vapeur de bruit,

Et qu'il voudrait rugir, sous l'ouragan qui vole,

Si son rugissement n'était que parole ?

Crois-tu que le tombeau, d'herbe et de nuit vêtu,

Ne soit rien s'un silence ? Et te figures-tu

Que la création profonde, qui compose

Sa rumeur des frissons du lys et de la rose,

De la foudre, des flots, des souffles du ciel bleu,

Ne sait ce qu'elle dit quand elle parle à Dieu ?

Crois-tu qu'elle ne soit qu'une langue épaissie ?

Crois-tu que la nature énorme balbutie,

Et que Dieu se serait, dans son immensité,

Donné pour tout plaisir, pendant l'éternité,

D'entendre bégayer une sourde muette ?

Non, l'abîme est un prêtre et l'ombre est un poète ;

Non, tout est une voix et tout est un parfum ;

Tout dit dans l'infini quelque chose à quelqu'un ;

Une pensée emplit le tumulte superbe.

Dieu n'a pas fait un bruit sans y mêler le Verbe.

Tout, comme toi, gémit ou chante comme moi ;

Tout parle. Et maintenant, homme, sais-tu pourquoi

Tout parle ? Ecoute bien. C'est que vents, ondes, flammes,

Arbres, roseaux, rochers, tout vit !

Tout est plein d'âmes

LES CONTEMPLATIONS (1856)

 

"Ce qui dit la bouche d'ombre" Victor Hugo
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1 octobre 2024 2 01 /10 /octobre /2024 23:26

C'était le printemps ou le début de l'été, et nous avons fait halte dans un pré. Couchée sur le dos, les yeux clos un moment pour sentir la chaleur et l'éclat de la lumière au-delà de la paupière, j'avais, en les ouvrant sur un ciel bleu où couraient très vite des nuages blancs, été saisie d'un vertige d'une violence absolue dû à l'intrusion de sensations inconnues et que je n'avais pas sollicitées, celles-là : c'était la terre que je sentais courir dans l'espace à toute vitesse sous mon corps. Je m'y agrippai. J'ai senti pour la première fois, sans aucun concours actif de mon âme, l'évidence viscérale de mon existence mais aussi de mon insignifiance, emportée que j'étais dans l'univers par une terre amicale.

Françoise Héritier

1933 - 2017

Anthropologue, ethnologue et militante féministe

La Mémoire de l'Encre Jacques Chancel (Texte de Françoise Héritier)

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